David Hey Ho

Mots, textes, interviews et vidéos

Notre Drame de ma vie

Comme sans doute beaucoup d'entre vous, j'ai vu fleurir hier sur les réseaux sociaux des dizaines de photos de Notre Dame en flammes. Ne regardant que très peu la télé, c'est de cette manière que j'ai appris la douloureuse nouvelle. Choqué. Profonde tristesse. Les deux tours de la cathédrale au premier plan de l'incendie m'ont immédiatement rappelé les jumelles de New York. J'ai pensé au terrorisme, aux guerres de religion, aux fous de Dieu.

Mon premier réflexe a été de me jeter sur la télécommande pour ne pas avoir confirmation de ma si évidente théorie. J'apprends assez vite que selon les sources sûres des journalistes, aucune victime n'est à déplorer. Ma peine reste la même. Cœur de pierre.

Je ne comprends pas. Je ne suis pas catholique, aucune mort, pourquoi suis-je si touché ? Pourquoi mon fil d'actualité ne désemplit pas de photos rouge et pierre ? Le masochisme le dispute aux souvenirs. Il y a ceux qui partagent les flammes et ceux qui partagent le souvenir heureux, avant le drame. En voyant défiler les clichés du jour, me revient à l'esprit l'affiche de la comédie musicale de Luc Plamondon. Ses couleurs sang et or sont les mêmes que sur les images qui continent d'affluer sur le net. Je pense à Victor Hugo logiquement, à Ken Follett sans raison, à Anthony Quinn, à Francis Lalanne, à Patrick Timsit, à Garou. Il est fini le temps des cathédrales. Des mots, des paroles, de la musique. Notre Dame de Paris est une référence constante de notre vie, de notre culture qu'elle soit religieuse ou athée, classique ou populaire. Une partie de notre enfance, de notre vécu part en fumée. Nous mourrons un peu à la vue des dégâts. Nous avons tous un souvenir qui lui est relié. L'épisode 5 du Tour de France du Japon de Mission Japon, c'était une volonté, a été tourné au pied de l'illustre cathédrale. Pour les croyants, c'est un cathé drame.

Au moment où j'écris ces lignes, le feu est maîtrisé. Ma tristesse s'alimente de mille souvenirs. Ma vie parisienne. Mon Quasimodo style. Mes années Disney. Un jour en Floride. De tout temps, en tous lieux. Je suis triste de mon nombril associé à l'Histoire. Pourrais-je ressentir la même peine si je ne m'intégrais pas à la sombre actualité ? J'égoïse mes larmes. Je m'épuise l'ego. J'attise mon feu intérieur. Je m'aimerai une autre fois. Encore. Mes larmes me calme l'émoi. L'enfer, c'est dedans. Dehors, le jour se lève, m'appelle à fêter la résurrection du soleil, à penser aux autres, à vivre malgré la fumée qui pique encore un peu les yeux. Demain, plus tard, après mon départ vers de nouveaux cieux, Notre Dame de Paris retrouvera sa majesté d'antan, comme si rien ne l'avait jamais diminuée. Elle aura la prestance de quand j'étais jeune, de quand j'étais vivant. Aux jours calmes où on n'imaginera plus le monde dans l'instant, dans le nombril, dans la BFM attitude mais dans la continuité, dans la globalité, dans l'osmose, dans le don.

J'en viendrais presque à prier que je sois seul à diminuer le drame au prisme de mon aura. Nous sommes de petits Dieux qui attendons les likes comme autant d'offrandes à notre génie créateur ou partageur pour faire oublier aux réseaux sociaux le Quasimodo que nous sommes dans la vie qui brûle. Je n'ai pas encore poussé les portes de Twitter ou de Facebook ce matin mais j'imagine que les haters, ces anti-quasimodos, beau au réel et moche au virtuel, vont s'en donner à cœur joie en comparant les peines, en attisant les haines. Les autres seront scotchés aux écrans devenus catholiques.

Je pose ici la plume. Transformer mes émotions en clics sur le clavier m'aide à ne pas sombrer, à faire le deuil d'une morosité que malgré l'effort de réflexion je ne comprends toujours pas.

Il est foutu le temps des cathédrales
La foule des barbares
Est aux portes de la ville
Laissez entrer ces païens, ces vandales
La fin de ce monde
Est prévue pour l'an deux mille
Est prévue pour l'an deux mille